La lutte pour mettre fin au mariage d’enfants

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21/01/19

 

Un marié indien met le vermillon, symbole du mariage traditionnel, sur le front de sa mariée mineure lors d’un mariage de masse en dehors de Kolkata. L’Inde est l’un des 12 pays qui collaborent avec l’ONU pour mettre fin au mariage forcé des enfants. (AFP)

  • Le Conseil de la Shoura d’Arabie saoudite a décidé d’abolir une pratique qui reste un scandale caché dans de nombreuses régions du monde.
  • Le mariage d’enfants est une coutume de plusieurs générations encore pratiquée aujourd’hui dans le monde entier

RIYAD: Lorsque le Conseil de la Shoura saoudien a voté le 11 janvier pour interdire le mariage d’enfants dans le Royaume, il s’est joint à un mouvement mondial cherchant à mettre fin à une pratique néfaste non seulement pour la santé des filles – les épouses enfants sont plus susceptibles d’être victimes de violence domestique et meurent en couches – mais aussi pour leur avenir, car elles sont moins susceptibles de rester à l’école.

Selon l’UNICEF, le terme «mariage d’enfants» désigne à la fois les mariages formels et les unions informelles dans lesquelles une fille ou un garçon vit avec un partenaire avant l’âge de 18 ans. Une union informelle est une union dans laquelle un couple vit ensemble quelques temps, dans l’intention d’avoir une relation durable, mais n’ont pas de cérémonie civile ou religieuse formelle.

Le Conseil de la Shoura a interdit les mariages d’enfants pour les deux sexes avec l’approbation des deux tiers de ses membres.

La loi a été élaborée il y a huit ans et a été soumise au conseil au moins cinq fois lors des sessions du conseil de l’année dernière. Les membres ont voté en faveur de l’adoption de règlements limitant les mariages des moins de 18 ans et interdisant les mariages impliquant des enfants de moins de 15 ans. La loi était en vigueur immédiatement.

Dr Hoda Al-Helaissi, membre du Conseil de la Shoura, a déclaré que la loi constituait une étape importante dans la protection des droits des enfants.

 «L’idée était de protéger les filles plus que tout, mais aussi les jeunes garçons», a-t-elle déclaré. «Vous ne pouvez pas vous attendre à ce qu’une fille de 10 ou 12 ans comprenne ce que sont les relations conjugales ou à ce que son corps porte correctement un bébé. Il y a beaucoup de problèmes de santé impliqués».

Al-Helaissi a expliqué la raison du retard dans l’approbation de la loi. «L’argument habituel était que cela se passait du temps du prophète (Muhammad). Mais les temps ont changé depuis les temps anciens et nous ne parlons pas seulement d’islam. Il a été utilisé comme un outil de troc pour (ceux) dans la pauvreté, où les pères recevaient une dot.

«Les choses sont complètement différentes maintenant», a-t-elle déclaré. «La loi leur donne la possibilité d’une éducation et d’un avenir».

Les temps changent certainement en Arabie saoudite, qui se modernise dans le cadre du plan de réforme de la Vision 2030. Et bien que la dernière mesure en date soit l’une des nombreuses mesures prises récemment pour autonomiser les femmes, le Royaume ne fait même pas partie des 20 pays qui enregistrent le plus grand nombre absolu de mariages d’enfants.

La plupart des mariages d’enfants ont lieu dans des pays pauvres où les familles bénéficient financièrement du mariage d’une fille ou dans des pays qui se conforment strictement aux normes traditionnelles. Dans nombre de ces pays, les filles sont considérées comme un fardeau pour les familles – il est nécessaire de les protéger pour préserver leur honneur -, tandis que les garçons sont considérés comme le gagne-pain.

Le mariage d’enfants est une coutume vieille de plusieurs générations encore pratiquée de nos jours dans le monde entier, notamment en Inde, au Bangladesh, au Nigéria, en Indonésie et au Mexique. La coutume n’a souvent pas été remise en question dans de tels endroits, car elle fait depuis longtemps partie de la vie et de l’identité des communautés.

Les familles marient leurs filles en échange d’une dot et confient la responsabilité de prendre soins de leur fille au mari. Cela allège le fardeau financier des familles démunies, car elles ont une bouche de moins à nourrir. Dans les zones de conflit, nombreux sont ceux qui croient que le mariage est dans l’intérêt de la fille de la protéger du harcèlement physique ou sexuel.

L’Inde a de loin le plus grand nombre d’enfants mariés. Bien que le mariage d’enfants y soit techniquement illégal, beaucoup en sont victimes.

Une étude publiée en 2017 dans le rapport de l’UNICEF sur la «Situation de l’enfance dans le monde» estimait à plus de 15 millions le nombre de femmes mariées en Inde quand elles étaient enfants.

Selon une étude réalisée par Girls Not Brides – un partenariat mondial regroupant plus de 1 000 organisations de la société civile engagées à mettre fin au mariage d’enfants – 27% des filles indiennes sont mariées avant l’âge de 18 ans et 7% avant l’âge de 15 ans. L’Inde est l’un des 12 pays sélectionnés pour faire partie du Fonds des Nations Unies pour la population et du Programme mondial de l’UNICEF pour accélérer l’action visant à mettre un terme aux mariages d’enfants.

Le mariage d’enfants ne se limite toutefois pas aux pays en développement. Il est légal – compte tenu des exceptions judiciaires – dans 49 États américains.

L’enfant mariée Sunita Bishnoi, 5 ans, chez ses parents près de Jodpur au Nord-ouest de l’Inde. (AFP)

Les États font souvent des exceptions à leur décision concernant l’âge minimum si les personnes de moins de 18 ans ont le consentement de leurs parents, l’approbation d’un juge ou sont reconnues comme des adultes. Et 25 États n’ont pas d’âge légal pour le mariage, ce qui signifie que les mineurs peuvent légalement épouser d’autres mineurs ou des adultes.

Les mineurs sont plus susceptibles de se marier dans des zones rurales et pauvres, a déclaré Nicholas Syrett, qui a parcouru l’historique des mariages en faisant des cherches pour son livre «American Child Bride: Histoire des mineurs et du mariage aux États-Unis».

La lutte pour mettre fin au mariage d’enfants

Le Conseil de la Shoura d’Arabie saoudite a décidé d’abolir une pratique qui reste un scandale caché dans de nombreuses régions du monde.

Le mariage d’enfants est une coutume de plusieurs générations encore pratiquée aujourd’hui dans le monde entier

RIYAD: Lorsque le Conseil de la Shoura saoudien a voté le 11 janvier pour interdire le mariage d’enfants dans le Royaume, il s’est joint à un mouvement mondial cherchant à mettre fin à une pratique néfaste non seulement pour la santé des filles – les épouses enfants sont plus susceptibles d’être victimes de violence domestique et meurent en couches – mais aussi pour leur avenir, car elles sont moins susceptibles de rester à l’école.

Selon l’UNICEF, le terme «mariage d’enfants» désigne à la fois les mariages formels et les unions informelles dans lesquelles une fille ou un garçon vit avec un partenaire avant l’âge de 18 ans. Une union informelle est une union dans laquelle un couple vit ensemble quelques temps, dans l’intention d’avoir une relation durable, mais n’ont pas de cérémonie civile ou religieuse formelle.

Le Conseil de la Shoura a interdit les mariages d’enfants pour les deux sexes avec l’approbation des deux tiers de ses membres.

La loi a été élaborée il y a huit ans et a été soumise au conseil au moins cinq fois lors des sessions du conseil de l’année dernière. Les membres ont voté en faveur de l’adoption de règlements limitant les mariages des moins de 18 ans et interdisant les mariages impliquant des enfants de moins de 15 ans. La loi était en vigueur immédiatement.

Dr Hoda Al-Helaissi, membre du Conseil de la Shoura, a déclaré que la loi constituait une étape importante dans la protection des droits des enfants.

 «L’idée était de protéger les filles plus que tout, mais aussi les jeunes garçons», a-t-elle déclaré. «Vous ne pouvez pas vous attendre à ce qu’une fille de 10 ou 12 ans comprenne ce que sont les relations conjugales ou à ce que son corps porte correctement un bébé. Il y a beaucoup de problèmes de santé impliqués».

Al-Helaissi a expliqué la raison du retard dans l’approbation de la loi. «L’argument habituel était que cela se passait du temps du prophète (Muhammad). Mais les temps ont changé depuis les temps anciens et nous ne parlons pas seulement d’islam. Il a été utilisé comme un outil de troc pour (ceux) dans la pauvreté, où les pères recevaient une dot.

«Les choses sont complètement différentes maintenant», a-t-elle déclaré. «La loi leur donne la possibilité d’une éducation et d’un avenir».

Les temps changent certainement en Arabie saoudite, qui se modernise dans le cadre du plan de réforme de la Vision 2030. Et bien que la dernière mesure en date soit l’une des nombreuses mesures prises récemment pour autonomiser les femmes, le Royaume ne fait même pas partie des 20 pays qui enregistrent le plus grand nombre absolu de mariages d’enfants.

La plupart des mariages d’enfants ont lieu dans des pays pauvres où les familles bénéficient financièrement du mariage d’une fille ou dans des pays qui se conforment strictement aux normes traditionnelles. Dans nombre de ces pays, les filles sont considérées comme un fardeau pour les familles – il est nécessaire de les protéger pour préserver leur honneur -, tandis que les garçons sont considérés comme le gagne-pain.

Le mariage d’enfants est une coutume vieille de plusieurs générations encore pratiquée de nos jours dans le monde entier, notamment en Inde, au Bangladesh, au Nigéria, en Indonésie et au Mexique. La coutume n’a souvent pas été remise en question dans de tels endroits, car elle fait depuis longtemps partie de la vie et de l’identité des communautés.

Les familles marient leurs filles en échange d’une dot et confient la responsabilité de prendre soins de leur fille au mari. Cela allège le fardeau financier des familles démunies, car elles ont une bouche de moins à nourrir. Dans les zones de conflit, nombreux sont ceux qui croient que le mariage est dans l’intérêt de la fille de la protéger du harcèlement physique ou sexuel.

L’Inde a de loin le plus grand nombre d’enfants mariés. Bien que le mariage d’enfants y soit techniquement illégal, beaucoup en sont victimes.

Une étude publiée en 2017 dans le rapport de l’UNICEF sur la «Situation de l’enfance dans le monde» estimait à plus de 15 millions le nombre de femmes mariées en Inde quand elles étaient enfants.

Selon une étude réalisée par Girls Not Brides – un partenariat mondial regroupant plus de 1 000 organisations de la société civile engagées à mettre fin au mariage d’enfants – 27% des filles indiennes sont mariées avant l’âge de 18 ans et 7% avant l’âge de 15 ans. L’Inde est l’un des 12 pays sélectionnés pour faire partie du Fonds des Nations Unies pour la population et du Programme mondial de l’UNICEF pour accélérer l’action visant à mettre un terme aux mariages d’enfants.

Le mariage d’enfants ne se limite toutefois pas aux pays en développement. Il est légal – compte tenu des exceptions judiciaires – dans 49 États américains.

L’enfant mariée Sunita Bishnoi, 5 ans, chez ses parents près de Jodpur au Nord-ouest de l’Inde. (AFP)

Les États font souvent des exceptions à leur décision concernant l’âge minimum si les personnes de moins de 18 ans ont le consentement de leurs parents, l’approbation d’un juge ou sont reconnues comme des adultes. Et 25 États n’ont pas d’âge légal pour le mariage, ce qui signifie que les mineurs peuvent légalement épouser d’autres mineurs ou des adultes.

Les mineurs sont plus susceptibles de se marier dans des zones rurales et pauvres, a déclaré Nicholas Syrett, qui a parcouru l’historique des mariages en faisant des cherches pour son livre «American Child Bride: Histoire des mineurs et du mariage aux États-Unis».

Il a écrit: «Presque tout indique que les filles des villes ne se marient pas jeunes, que les filles de la classe moyenne ou des familles riches ne se marient pas jeunes. C’est un phénomène rural et c’est un phénomène de pauvreté».

Selon Unchained at Last, une organisation dédiée à mettre fin aux mariages forcés et aux mariages d’enfants aux États-Unis, environ 248 000 enfants, dont certains âgés de 12 ans à peine, ont été mariés entre 2000 et 2015 en Amérique.

La nouvelle loi en Arabie saoudite est conforme à la loi en vigueur dans le pays sur la protection de l’enfance, qui s’applique aux personnes de moins de 18 ans, a déclaré à Arab News, Bayan Zahran, avocat en divorce à Djeddah. «Toute personne n’ayant pas l’âge limite est considérée comme relevant du système de protection de l’enfance», a-t-elle déclaré.

La nouvelle loi confirme l’opinion selon laquelle les mineurs ne peuvent pas fonctionner comme des adultes dans un mariage, a déclaré Zahran, et aidera à prévenir les divorces résultant de ces partenariats dysfonctionnels.

Le Dr Fawzia Aba Al-Khail, membre du Conseil de la Shoura, a souligné l’importance de l’examen approfondi de la question par le Conseil – même si cela impliquait beaucoup de temps pour adopter la loi.

«Le fait qu’une minorité de la commission du conseil (affaires islamiques et judiciaires) n’ait pas été d’accord avec l’adoption de la loi montre qu’ils ont le droit d’exprimer leur opinion et que la commission discute (des affaires) de manière intelligente, en mettant l’accent sur les droits de l’homme.

«Oui, il y a eu de nombreuses discussions auparavant, mais vous avez besoin de la majorité, et le Conseil de la Shoura est composé de nombreux milieux différents… En adoptant cette loi, nous avons convenu de protéger tous les mineurs».

Cet article a été publié pour la première fois dans (Arab News)

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